VERTICAL VISIONS

Prendre de la hauteur, aller au plus près de l’architecture, différemment, c’est s’approcher de l’habituel invisible. Révélation de l’imaginaire, bien réel mais caché, d’un ou de plusieurs concepteurs et redonner la dimension originelle à l’édifice, telle est l’envie que j’ai eu.


Interview SFR jeunes Talents

Carlos Ayesta n'a pas peur du vide ! Ancien lauréat du concours "Les Halles de Paris", le jeune photographe d'origine vénézuelienne a choisi de tracer son chemin vers les hauteurs pour mieux rendre compte de la profondeur des hommes. Engagé dans un très intéressant sujet intitulé La Défense Ville Verticale au cœur de ceux qui travaillent sur les tours du célèbre quartier d'affaires, Carlos Ayesta a créé des passerelles entre les humains et donné à son projet des allures d'odyssées suspendues. Nous sommes partis à sa rencontre pour faire le point sur ce vertigineux projet. Interview-confession.

En quoi consiste ton projet actuel "La Défense Ville Verticale" ?
Le projet de La Défense consiste à prendre des photographies de ce lieu emblématique du quartier d'affaires, d’un point de vue unique : prendre des photographies depuis une corde, entre ciel et terre, frôlant les bâtiments. Je suis en effet passionné d'escalade, j’ai effectué la formation de cordiste.

Quelle est la démarche artistique derrière ce projet ?
D’un point de vue artistique, mon envie était de donner à voir et à comprendre l'espace architectural, depuis une autre perspective. De là-haut, on aperçoit différemment l’architecture et l’espace dans lequel évolue l’humain. Les lignes, les angles sont inhabituels ; le point de vue est dans un entre-deux intéressant... J’essaie aussi de mettre en valeur l’humain dans cet espace gigantesque, car on oublie souvent la vie que ces bâtiments renferment.

 

Tu as beaucoup travaillé avec des cordistes ? Comment appréhendes-tu la verticalité dans ton travail ?
J’ai été moi-même technicien cordiste. En arrivant en France, Je devais travailler pour payer mes études, et j'ai donc décidé de travailler pour une entreprise de travaux sur corde, pendant plus d'un an j‘ai été salarié ; j’ai ensuite travaillé en intérim pour pouvoir effectuer mes études. Quant à la verticalité, j'y suis tout simplement habitué : je n'ai pas de notion de vertige mais plutôt de sécurité lié à ce domaine.

 

Quels sont pour toi les photographes de référence qui ont le mieux su retraduire cette verticalité ?
Je dirais que j’ai été nourri par l'ensemble des images faites à New York, par tous ces photographes qui se sont intéressés à la verticalité de la ville, depuis Stieglitz, en passant par Berenice Abbott et à Horst Hamann ; ces immenses gratte-ciels, que je n’ai vus qu'au travers de ces livres, m'ont toujours fasciné. J'espère un jour avoir l'occasion de faire un projet semblable dans cette métropole.

Comment as-tu été contacté par l'EPADESA pour la réalisation de ce projet ?

C'est un projet que j'ai imaginé il y a très longtemps. Cela a été un travail de longue haleine : créer un dossier qui donnait une idée du projet (avec l'aide de ma compagne, Carole Aftalion), le proposer, le faire valider et l'organiser...

Comment se passe la réalisation de ce projet sur place au quotidien ?
Tout commence au PC sécurité au petit matin, avec lequel on établit les zones d'intervention et on fait le balisage au sol, après avoir installé les cordes et vérifié la sécurité, il ne reste qu'à descendre... Parfois, il faut simplement attendre la bonne lumière. Dans certains cas, il faut éclairer à l'intérieur, il est parfois nécessaire d'avoir un assistant...

 

Quels liens entretiens-tu avec ces cordistes ?
Ce sont de gens que je connais bien, des gens avec qui j'ai vécu des moments forts. Nous avons fait beaucoup de chantiers très durs physiquement, nous avons eu énormément d'aventures, cela crée de liens, forcement.

 

D'où te vient cette fascination pour la hauteur ?
J’ai commencé à faire de l’escalade dès l’âge de 11 ans, grâce à mon père : ça m'a toujours plu d'être au bout d'un fil, d'aller vers l'avant, de surmonter les obstacles. J'ai trouvé cette même fascination en étant cordiste, même à Paris on peut se sentir comme sur une falaise, voir l'horizon, observer le paysage. En plus, le fait d'être pendu à une corde amène une réflexion sur soi-même, une sorte d'apaisement du fait de la solitude.


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